#laicite et tolérance, les démocraties à l’épreuve?

Dans un ancien numéro des Cahiers français, Philippe Raynaud met en perspective les tensions autour de la laïcité avec la construction de nos États démocratiques occidentaux modernes.

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L’homme n’est sans doute pas issu de mon cercle de pensée (il écrit régulièrement pour Causeur, et certaines parties de l’article ne me conviennent pas du tout), mais sa réflexion a le mérite de souligner clairement les circonstances contingentes qui ont permis, début XXème siècle, de construire un modus vivendi avec le catholicisme en France.

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Morceaux choisis:

« Il n’est pas certain (…) que nos contemporains prennent toujours la pleine mesure des conditions qui ont été nécessaires pour qu’émerge et s’impose la valeur de tolérance. (…) En fait, comme l’avait bien vu Voltaire, ce bouleversement n’a pu s’accomplir que parce que les hommes ont de fait décidé de placer la recherche du bonheur sur terre au-dessus de la quête du salut. L’acceptation de la tolérance est liée à l’émergence d’une société sécularisée et individualiste (…).

Il souligne plus loin que l’évolution des comportements et des représentations individuelles témoignent d’une évolution des attentes en termes de tolérance. La tolérance ne peut plus simplement être indifférence. Les aspirations individuelles à l’égale dignité impliquent la reconnaissance des préférences subjectives des individus et ce qu’ils doivent à leurs (supposées) diverses appartenances. C’est le fondement de la mise en échec des politiques directement assimilatrices.

« Dans cette vision (nord-américaine) le combat contre le terrorisme passe évidemment par la diffusion des valeurs démocratiques, mais celle-ci suppose d’abord l’acceptation presque inconditionnelle des mœurs et des manières des nouveaux immigrants, qui sont progressivement incorporés à la diversité de la nation américaine. »

Le modèle général de la laïcité, (…) n’a pas pu se faire sans un conflit politique assez violent avec l’Eglise catholique, mais il a en fait évolué dans un sens libéral

La condition, comme le souligne parfaitement Raynaud, était l’abandon de la prétention à la domination de la sphère politique. Cette condition acquise, de nombreux « compromis » ont pu être réalisés: financement des établissements confessionnels sous contrat, existence d’aumôneries dans divers services publics, maintien du Concordat en Alsace Moselle.

Mais comme le souligne Raynaud, les difficultés n’ont rien de commun.

« En 1905, le but était de permettre le libre développement d’une société en voie de sécularisation en mettant fin à l’intrication du spirituel et du temporel que la République avait héritée du passée monarchique et impérial. C’est pour cela que, très vite, des « laïcs » aussi déterminés que Briand, Jaurès et Clemenceau ont compris que le simple fait de la séparation de l’Église et de l’État suffirait à assurer progressivement la liberté des non-croyants, sans qu’on s’en prenne aux formes usuelles de la sociabilité catholique.

Or, poursuit-il

« Dans la France d’aujourd’hui, le problème posé ne concerne pas tant l’Etat que la société (…). en fait, il est probable que (les laïcs français) attendent que les musulmans adoptent l’essentiel des mœurs et surtout, pour parler comme Montesquieu, des « manières » françaises.

Raynaud poursuit son développement, et je ne suis pas toujours certain de le suivre, dans tous les sens du terme!

Cependant, je partage avec lui l’idée qu’au-delà d’un étiquetage communautariste, il y a certainement certaines fractions de population qui ont des attitudes de « durcissement communautaire » comme il les nomme. Et que certainement, derrière ces attitudes, il peut y avoir une part imputable à la montée de mouvements religieux orthodoxes (comme du reste côté catholique).

Ces mouvements religieux sont-ils des adversaires politiques de la République? Cela me semble une nouvelle confusion, mais un combat des démocrates, des progressistes, des gens de gauche… certainement!

Philippe Raynaud, « Tolérance et laïcité: les démocraties à l’épreuve », Cahiers français, n°395, novembre 2016.

 

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La conclusion de l’article se livre a une recherche de montée en généralité, en opposant un supposé modèle républicain vs. un modèle libéral et multiculturel. On aura certainement l’occasion d’en reparler.

 

 

 

 

 

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